Les combats de coqs

Officiellement interdits depuis 2005 et tolérés lors des cérémonies religieuses importantes, les combats de coqs (gocekan en balinais, sabung ayam en indonésien) ont lieu en réalité plusieurs dizaines de fois par jour. Cet article n'a pas vocation aux débats sur la cause animale, il s'intéresse aux combats de coqs en ce qu'ils font partie intégrante de la culture balinaise. Tous ceux qui sont allés à Bali ont vu de près ou de loin cet héritage et la plupart des hommes balinais élèvent leur coq selon un protocole spécifique, dans le but de le mener jusqu'à l'arène…

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Choix de l’œuf et préparation des nouvelles recrues

L'intervention de l'Homme dans le processus opère dès le choix des parents : donner les meilleurs gènes. Le père est en général un coq bien bâti et vainqueur de précédents combats. La mère doit posséder un instinct maternel très développé, prête à se battre pour la défense de ses petits.

Jusqu'à ses 3 mois, le jeune coq est élevé librement. Plusieurs heures par jour, il est enfermé dans une cage afin de l'y habituer. Pendant cette période, il est nourri avec de bons grains, est baigné au quotidien pour développer ses muscles. Chaque homme de la famille contrôle la future recrue et valide le volatile : il est porté et ausculté fréquemment puis est mis en compétition avec d'autres congénères afin de tester ses aptitudes.

Reconnaître un futur champion

Parmi les critères examinés :

  • l'envergure des ailes ;
  • les plumes et la queue, qui sert à l'équilibre ;
  • la force des pattes et la longueur de ses « doigts » ;
  • son poids ;
  • sa crête : souvent coupée avant le premier combat pour la lui donner à manger (pleine de vitamines !).
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L’entraînement

Les coqs sont véritablement traités comme des sportifs de haut niveau pendant des semaines voire des mois jusqu'à ce qu'ils soient prêts.

L'animal est enfermé dans sa cage, il est nourri avec des grains spéciaux pour développer sa musculature et des vitamines lui sont injectées (piqûres ou comprimés) pour le booster. Il est douché au quotidien afin de le stimuler.

Beaucoup de contrôles minutieux et d'entraînements avec des coqs de son gabarit sont nécessaires pour améliorer ses aptitudes physiques et son instinct combatif.

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La préparation au combat et le choix des guerriers

Quel que soit le combat de coqs, tous les hommes du village semblent être présents sur le lieu de l'affrontement, généralement un endroit à l'abri des regards indiscrets, et tous les yeux sont tournés vers le « ring » à même la terre battue.

Pendant de longues minutes, les champions sont pesés et détaillés afin de trouver les adversaires de même carrure. Cette phase est plutôt calme et secrète, la foule patiente gentiment et rassemble l'argent pour les futurs paris. Lorsque les coqs ont été choisis, une lame de couteau pouvant atteindre 10 à 12 cm (taji) leur est attachée à une patte. Les hommes en charge de cet exercice seront les « arbitres » du combat.

Pendant la préparation, on sent l'atmosphère s'électriser. Chaque parieur veut se faire entendre « Gasal, gasal, gasal ! », un homme est chargé de récolter l'argent des paris et de retenir le montant exact mis en jeu par chaque personne, un véritable travail de mémoire et de calcul mental !

Étant très joueurs, les Balinais ne parient pas au hasard, ils sont là non seulement pour gagner de l'argent mais il est aussi question d'honneur.
Il est par exemple impossible de parier contre un coq appartenant à un membre de sa famille. La société balinaise étant très codifiée, il est tout aussi important de gagner pour doubler sa mise que pour affirmer sa position sociale.

Une identité balinaise.
  • L'île de Bali s'identifie elle-même comme étant un coq fier défiant encore et toujours la grande Java.
  • Pour les Balinais, assister régulièrement aux combats renforce le lien communautaire.
  • Élever soi-même ses coqs est primordial, c'est une marque de masculinité très forte. Ces coqs de combat sont soignés et protégés, beaucoup de temps et d'argent du foyer leur sont accordés.
  • Assister à un combat en tant qu'invité, c'est voir les Balinais totalement dans leur élément !
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Le combat

Avant les premiers assauts, les deux arbitres coachent les coqs adversaires de manière assez virulente pour les énerver. La foule est en délire « Ohhhhhh ! » « Aduuuuuh ! » et vit ce duel avec passion !

Les combats se déroulent plutôt rapidement, jamais plus de quelques minutes. En général, les deux coqs se foncent l'un sur l'autre de manière directe ; ils sautent et donnent des coups de becs et des coups de pattes.
Si un coup décisif a été porté, l'arbitre contrôle l'animal, s'il reste debout le combat continue. Le vainqueur, le plus souvent blessé, doit également tenir debout, parfois cela se joue à quelques secondes.

Les matchs nuls sont extrêmement rares car il existe une technique pour départager les deux adversaires : la cage. Les deux volatiles sont placés face à face dans une même cage et là le vainqueur est le plus réactif, celui qui donne le coup fatal en premier.

Le coq victorieux retournera auprès de son propriétaire, quant au perdant il servira de dîner dans la famille gagnante…

 

photo principale : Coqs en stock © Manon Brasseur

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